Hommage appuyé à Catherine Dufour


Extrait du Capulaire de Saint Képusse du Frottepas.

En ces temps de disgrâce, le fier royaume de Frottepas connu un terrible hiver de frimas à geler les morts suivi d’un terrible printemps de pluies à noyer un mort qu’en le royaume ce ne fut que famine et flux de poitrine, suette et pelades et le peuple de beaucoup grogner et parler beaucoup et travailler peu sous le vilain prétexte d’avoir de vilaines humeurs à garder le lit. Le sage Prince Trébuchet, paire du royaume de Frottepas fit grand cas des malheurs de son peuple et ordonna qu’on traîne hors les lits les fainéants car grande était l’irritation divine de voir ces mécréants paresser au lit alors qu’aux champs ils devaient être et ordonna encore qu’on incendie les maisons des poitrinaires, des sueux et des pelés car la vilenie des humeurs Malines ne peut se soigner que par le feu et ordonna enfin que l’on brûle en place publique quelques vieilles sorcières et leurs chats car il faut amuser le peuple pour qu’il cesse de grogner au ventre vide et ce fut soirées de liesse populaire où l’on vit force musettes, force tonnelets de vin aigre, force lampions pour amuser les enfançons et force engrossement derrière les chariots à l’abris de la lueur des bûchers.

Mais cela ne suffit pas car grande était l’ire céleste et décidément fainéant était le peuple de Frottepas. Alors le Prince décida de convier en devant la cour un sage païen qui vivait reclus dans la forêt voisine. Bien des histoires courent sur l’homme au teint de pain bis. On le disait sorcier, on le disait antimoine du diable, certaines bonnes femmes disaient l’avoir vu les nuits de pleines lunes danser nu le corps enduis de sang de volaille après quoi leur maris leur donnaient la volée de bois vert pour ce qu’elles n’ont pas à déambuler avant matines et voir des choses que notre Dieu ne permet pas. La vérité était que l’homme était un Samaritain, un homme des terres du Sûde, bien après la mer qui borde l’antique royaume de Marsalia. Et nombre de princes et seigneurs avaient recourt à ses conseils car il était sage et connaissant et savait lire sans remuer les lèvres, ce qui était signe de grande intelligence et connaissait les simples et champignons qui guérissent ou fond voir des choses étranges.

Or le Samaritain à la cour dit qu’à fin d’apaiser la colère divine, il fallait envoyer un chevalier combattre le petit dragon de la Caverne du Frottemou, sis au sud du royaume, là où la mer entre dans la terre de la façon dont l’homme entre dans sa femme quand il croit que Dieu ne regarde pas. Après que le sage homme s’en fut reparti lesté d’une cassette d’or et cahcant pauvrement des gloussements, le Prince fit mander son plus valeureux chevalier, le seigneur de Luissure et lui confia la mission d’aller combattre le dragon de l’antre de Frottemou, là où la mer fait des choses à la terre que les jeunes filles doivent ignorer.
Le chevalier partit sur l’heure et arriva devant l’entrée de la grotte au coucher du soleil. N’ayant pas l’intention de passer trop de temps sur la lubie passagère de son demeuré congénital de lointain cousin et néanmoins Prince du Royaume, il entra dans la grotte armé de BriseGueule sa fidèle épée et d’une torche huilée. Il marcha près d’une demi-heure en mouillant moulte fois ses chausses de cuir de veau et pestant moulte fois contre ce boulot de con. Lorsque les yeux piquants à cause de la fumée de la torche, son pied ripa sur un rocher qui fit un bruit mou et humide comme le crâne d’un manant sur lequel la vaillante BriseGueule s’abat, il tomba lourdement sur le sol inégal de la grotte et se déchaussa une molaire, ce qui lui fit pester encore plus grandement et des choses que notre Seigneur n’aurait pas tolérer, mais il était en croisade en quelque sorte et tout seul encore alors bon ça va bien comme ça.

Lorsque le chevalier de Luissure regarda ce sur quoi son vaste pied avait marché, il vis une sorte de bestiole caparaçonnée sans tête et à la queue pointue et longue. La bête avait mauvaise mine car le pied courageux du chevalier l’avait percée et l’humeur qui composait son intérieur coulait en morve molle. N’ayant aucune idée de ce que peut-être un trilobite, le chevalier, fort bien éduqué en son coeur des préceptes de la bible reconnu en cette chose noire, luisante, vivant au tréfonds d’une grotte malodorante et malséante, rampant dans l’humidité et à la queue impudiquement bandée telle le sexe du démon, une créature oeuvre et serviteur du malin. Nul doute qu’il avait trouvé le dragon et que Dieu, dans son infinie sagesse, avait guidé le pied du chevalier afin que Sa Justise Soit Faite Amen.

Ainsi le dragon fut conspué en place publique et longtemps après, à sa mort, le pied gauche du chevalier Luissure fut sanctifié et devin le saint ornement de la basilique de Frottepas et ce furent jours de joie et de liesse en tout le royaume et Dieu en fut content et dans sa miséricorde accorda au royaume une saison d’hiver doux et d’été doux également et quelques moustiques aux irritations purulentes et de mouches à viande aux oeufs puants sous la peau mais nul ne peut percer les mystères de notre Seigneur. Alleluya.



Notes :

Il s'agit d'un petit clin d'oeil à Catherine Dufour. Elle ne m'a pas encore répondu.


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©Timothée Tournemonde, mai 2006